vendredi 20 décembre 2013

Histoire et fêtes de Noël : sapin, bûche, crèche , fête des Fous, rois mages, galette des rois, traditions de Noël

« Ainsi vivaient nos ancêtres » - Jean-Louis Beaucarnot


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Sapin, bûche et légendes : les merveilles de Noël 

Le Père Noël n’apparaissant guère en France avant 1900, on peut dire que le sapin de Noël l’a précédé d’assez peu.

Sa parure qui reste verte en hiver lui a valu depuis longtemps d’incarner l’immortalité de la nature. Dans les pays nordiques, il est donc associé aux fêtes antiques de la lumière, souvent orné de rubans colorés, voire agrémenté de torches largement symboliques. Sa tradition s’est maintenue dans les pays germaniques au point au point que leurs princes et princesses, lorsqu’ils partaient se marier en Europe de l’Ouest, l’emportaient souvent avec eux. Ce fut ainsi qu’Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, mari de la reine Victoria, l’introduisit en Angleterre au siècle dernier. Il aurait pu pénétrer aussi en France, mais la tentative de la duchesse de Mecklembourg, belle-fille du roi Louis-Philippe, qui le présenta aux Tuileries en 1840, se solda par un échec. Les Parisiens, soupçonnant quelque habitude protestante, se refusèrent à l’adopter.

Tout va basculer, en 1870, lorsque les Alsaciens, réfugiés en France après la défaite de Napoléon III, veulent reprendre de vieilles coutumes locales : à Sélestat, depuis 1521, des arbres sont chargés d’hosties et de pommes que les enfants se disputent en les secouant. Dès lors les nombreuses fêtes de charité ou de solidarité pour les réfugiés d’Alsace-Lorraine ont toutes leur sapin qui est rapidement adopté par l’ensemble de la France cocardière et revancharde. Dès la fin du siècle, des dizaines de milliers se vendent ainsi chaque année.

Autre tradition indissociable de Noël, la crèche. Elle fait son apparition dans le sud de la France et de l’Italie. Les santons sont d’abord fabriqués en bois par des artisans de la Forêt-Noire. Vendus à la foire de Toulon, ils deviennent à la Restauration des petits sujets en cire que les marchands italiens vendent au cri de « Santi Belli ». Leur vogue est à son apogée sous le Second Empire, au moment de la grande amitié franco-italienne qui défend la cause de l’unification de la péninsule.

L’origine de la bûche de Noël  est plus ancienne et de tradition beaucoup plus générale. Appelée « tronc », « cosse », « tison », « souche », « tréfoir » selon les régions, elle est installée dans la grande cheminée la veille de Noël, avant la messe minuit. Elle doit être de dimensions importantes et de bois dur, afin de brûler un temps variant de la durée de la messe, à trois ou huit jours, voire jusqu’à la fête des Rois. Traditionnellement, on choisit du bois d’arbres dont les fruits sont consommés et prisés : pommier, prunier, olivier, chêne ou hêtre. Sans doute ce choix a-t-il pour but d’assurer une abondante récolte pour l’année à venir. Parfois, on procède à des libations en versant sur l’écorce du vin ou de l’huile, quand ce n’est pas du sel pour se garantir des esprits et des sorciers, ou même de l’eau bénite. D’autres fois encore, on a soin d’y faire couler quelques gouttes du précieux cierge de la chandeleur. Charbons et cendres sont dotés, comme ceux de la Saint-Jean, de pouvoirs en tout genre. Précieusement conservés, ils serviront à rallumer la bûche de l’année suivante. De nos jours, la bûche ne subsiste plus que glacée ou chocolatée.

Une fois sa bûche allumée, chaque famille se rend à la messe de minuit, à pied ou en char à bœufs, à travers les chemins. Chacun porte à la main une torche, remplacée ensuite par des lanternes. L’église est illuminée. Dans beaucoup de régions, les bergers viennent offrir un agneau à la crèche. Enfin arrive « l’Heure solennelle », chantée à la fin du siècle dernier par le célèbre « Minuit, Chrétiens ! » dont les paroles sont curieusement dues à l’imagination d’un radical, Placide Cappeau. Ce négociant en vins n’était pas encore engagé politiquement lorsqu’il répondit, en qualité de poète, à la commande du curé de Roquemaure, près d’Uzès. Le 24 décembre 1847 fut donc chanté pour la première fois à minuit le célèbre cantique.

De retour de la messe de minuit, nos ancêtres vont à l’étable donner aux animaux la « gerbe de Noël », un foin meilleur qu’à l’ordinaire, en remerciant les bœufs et les ânes d’avoir réchauffé l’enfant Jésus. S’ensuit le réveillon, souvent assorti d’une oie ou du porc que l’on vient de sortir du saloir. On chante des cantiques de Noël, dont l’énumération exigerait des livres entiers tant ils sont nombreux. On s’amuse et le lendemain, on joue à la soule sur la place du village.

Noël est aussi le temps d’une foule de traditions. Les enfants quêtent pour recevoir quelques étrennes sous forme de fruits secs ou d’œufs. Parfois, la quête est reportée au Jour de l’An. Les croyances veulent aussi que les morts reviennent cette nuit-là sur terre. Aussi, comme pour la Toussaint, on leur prépare à boire et à manger. Pendant que résonnent les douze coups de minuit, les rochers se déplacent pour faire entrevoir les trésors perdus dans leurs entrailles et on peut entendre tinter les cloches des villes maudites englouties à jamais. Sans doute explique-t-on ainsi la croyance qui veut que les enfants nés ce jour-là ont le don de communiquer avec l’au-delà ! Une légion d’interdits accompagnent cette fête : interdiction de travailler, de cuire du pain, de faire la lessive, de filer, de coudre, etc. Jusqu’à celle-ci, toujours très respectée : ne pas essayer d’entendre ce que se racontent les animaux. Le curieux qui le ferait risquerait d’apprendre sa mort prochaine. Car, en cette nuit de Noël, les animaux sont doués de parole. On dit même qu’à l’étable ils s’agenouillent parfois sur leur litière.

De la fête des Fous à la fête des Sages :

Dans les jours qui suivent Noël, parfois dès le lendemain, se déroule une curieuse fête, la fête des Fous, qui fait un tel scandale dès le Moyen-Age que certaines villes ainsi que des évêques l’interdisent. La fête des Fous est en effet la fête de l’inversion, du désordre, des sacrilèges et ce jour-là, clergé en tête, de véritables orgies sont organisées dans les églises. Diacres, chantres, bedeaux et sacristains, bref tout le petit personnel clérical, participe à ces fêtes. Un peu comme à carnaval, on y célèbre la négation de l’ordre et l’inversion des rôles et des rites. En vêtements souillés et déchirés, certains disent des messes à rebours, lisent les Évangiles à l’envers, et vocifèrent à tout moment des hi-han d’âne ou des paillardises. Dans certaines églises, on mange sur l’autel du boudin et des saucisses tandis que, dans les encensoirs, on brûle de vieilles chaussures. On chante des chansons obscènes. Les hommes s’exhibent nus et s’arrosent de seaux d’eau. Peut-être faut-il y voir un vieil héritage païen des saturnales romaines ? Quoi qu’il en soit, cette fête des Fous se termine souvent mal. Insultes et tapages conduisent certains au cachot, pendant que d’autres n’hésitent pas à s’en prendre aux croix ou aux divers objets de culte. 

Heureusement, saint Sylvestre met fin à ce tapage, bien que l’habitude du réveillon que nous pratiquons aujourd’hui ne semble pas remonter au-delà de la fin du siècle dernier. Il n’en reste pas moins que, dès l’installation de la nouvelle année, nos ancêtres n’ont pas besoin de klaxons pour laisser libre cours à leur joie. Le 1er janvier, dès qu’il commence l’année, a tôt fait de se remplir de traditions. Des vœux de bonne année, souvent alliés à ceux de bonne santé et de « paradis à la fin de vos jours », sont distribués par les gosses de maison en maison, en quête là encore de quelque fruit sec ou autre menu cadeau. Les personnes qui ne donnent rien sont la risée et ont droit à une chanson bourrée de gros mots.

Les familles entières vont en visite. On commence par les grands-parents lorsqu’ils n’habitent pas sous le même toit. Autrefois, à Paris, trouver un fiacre libre ce jour-là tient de la gageure. Partout, la visite est ponctuée de repas ou plus simplement de verres au contenu variable : calvados, eau-de-vie, café, que l’on est tenu tant d’offrir que d’accepter. S’ajoutent toute une liste de prédictions à caractère météorologique, selon le jour où tombe le 1er janvier. Si c’est un lundi, l’hiver sera commun et assez raisonnable, le printemps et l’été humides avec inondations, la vendange ne sera pas bonne mais les blés seront à juste prix. Les mouches à miel périront. Les impôts seront lourds, les dames de qualité seront tristes…Et chacun, connaissant tout cela, de le débiter lors des visites rituelles, souvent espacées sur une semaine entière.

En ville, la première semaine de l’année donne lieu à la représentation de Mystères, dont celui de la visite des Rois mages. Il n’est guère de fabrication plus complexe que celle de cet épisode. Seul saint Mathieu en parle dans son Évangile, disant que « Jésus étant né à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici que les mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem, disant : ``Où est le roi des Juifs qui vient de naître car nous avons vu son étoile à l’Orient et nous sommes venus l’adorer. ‘’ Nul autre texte n’en dit davantage. Au V e siècle, ces mages, qui devaient être des savants ou des sages, deviennent tout à coup des rois. Au VI e siècle, ils sont trois et reçoivent les noms de : Gaspard, Melchior et Balthazar. Au XII e siècle, on retrouve leurs reliques et au XV e, on sait d’où ils viennent : Melchior d’Arabie, Balthazar de Chaldée et Gaspard d’Ethiopie. C’est un Noir ! Voilà pour nos Rois mages.

La date étant en principe aussi celle de la dernière nuit solsticiale, elle peut avoir été, à ce titre, honorée depuis longtemps. Là encore, la coïncidence n’est pas étrangère au fait que ces deux événements se superposent.

La tradition de la galette, qui représente le soleil renaissant, s’installe tout naturellement. Son nom de galette des Rois lui vaut quelques ennuis en 1789. A Bordeaux, un texte du mois de nivôse an III témoigne que « le comité révolutionnaire dénonce au citoyen-maire des pâtissiers qui se permettent de fabriquer et de vendre encore des gâteaux des Rois ». Aussitôt le citoyen-maire d’intervenir : « Considérant que plusieurs particuliers ont commandé des gâteaux des Rois sans doute dans l’intention de conserver l’usage superstitieux de la fête des ci-devant rois, il faudra découvrir et suspendre les pâtissiers délinquants. » On fait alors de l’Epiphanie la fête des sans-culottes et on débaptise les galettes pour en faire des « gâteaux de la liberté ». Leur suppression serait par trop impopulaire tant le peuple est attaché à cette gourmandise.

Chacun connaît enfin le cérémonial de l’enfant caché sous la table qui attribue la part de galette à chacun des convives, avec une part pour la Sainte Vierge, une pour Dieu ou pour le pauvre. Chacun connaît la coutume de la fève. Autrefois véritable fève, devenue un sujet de porcelaine aujourd’hui recherché des collectionneurs. Elle vaut à celui qui la trouve de payer à boire. Les radins s’empressent donc de l’avaler. Viennent ensuite les saluts au roi qui boit. Toutes ces pratiques se sont généralisées en ville, alors que dans les campagnes, à part les régions situées au nord et à l’est de la ligne Saint-Malo-Grenoble, elles sont inconnues.

Mais ce jour est aussi jour de pronostics en tout genre. Les jeunes filles, un peu partout, mais selon des recettes variées, essaient de voir (en rêve, dans un seau d’eau glacée, etc.) le visage de leur futur mari. Douze grains de blé, alignés sur la plaque du foyer au cours de la nuit, révéleront les variations du cours du blé au cours des mois de l’année selon qu’ils sautent là ou là, sous l’effet de la chaleur. Et chacun, la nuit venue, de les interroger devant l’âtre, alors qu’au-dehors la gelée fend les pierres.

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Extrait du livre : « Ainsi vivaient nos ancêtres, de leurs coutumes à nos habitudes. », de Jean-Louis Beaucarnot, éd. Robert Laffont.






Le livre :

« Ainsi vivaient nos ancêtres, de leurs coutumes à nos habitudes » est paru en 1989. 

L’auteur :

Jean-Louis Beaucarnot
Jean-Louis Beaucarnot est né en France en 1953. Après des études de droit, il devient journaliste, spécialiste en généalogie. En 1978, il publie son premier livre (« L’Odyssée des familles »). Il fait de la radio et de la télévision : il tient des chroniques sur la généalogie et l’origine des noms.

Mon avis :

Un livre qui détaille les coutumes de nos ancêtres dans tous les domaines de la vie: de la naissance à la mort, des habitudes du quotidien aux occasions plus festives ou solennelles. Je l’ai trouvé instructif, parfois très surprenant, toujours passionnant et vous le recommande si vous êtes des petits curieux comme moi !

Vous trouverez dans ce blog la description en vers d’une autre tradition ancestrale, la bénédiction de la bûche, en cliquant sur le lien suivant :

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